Le végétal dans tous ses états


2020 - Le végétal dans tous ses états

Présentation de l'exposition

Lorsque nous avions décidé collectivement du choix de notre thème annuel, nous sortions à peine des nuages et des odeurs liés à la catastrophe Lubrizol.
Ce thème «Le végétal dans tous ses états» a donc été lancé dès le mois de janvier, mais voilà qu’un autre séisme, comme une réplique de la précédente,
avec un nom sans ambiguïté : le coronavirus, vint répandre son lot d’interdictions, rendant toute sortie quasiment impossible.
Nous étions bel et bien confinés. Notre projet commençait à peine éclore, qu’il était désespérément mis à l’arrêt.
Chacun a donc été contraint de réagir à sa manière, en observant la lourdeur des consignes sanitaires.
C’est bien à ce moment-là que la nature pouvait enfin respirer.
Les rues et les campagnes désertes de tous véhicules, les oiseaux commençaient à se faire entendre de nouveau.
Le végétal reprenait le contrôle. Une envie très forte de nature s’est immiscée chez chacun d’entre-nous.
Notre thème prenait alors tout son sens.

Cette nouvelle série photographique évoque entre autres, l’écologie, la nature, sous le prisme de la poésie,
de l’onirisme ou du réalisme et sans aucun doute, de l’inquiétude pour notre planète.
La commémoration du quarantième anniversaire d’Imajeu qui était prévue durant l’été dernier est donc reportée à l’été 2021,
mais nous aurons l’occasion de vous en reparler très prochainement.

Pierre Olingue
Président d’Imajeu
 

Les mots de notre invité, le photographe Erwan Fichou

Les Imajoueurs m’ont confié que longtemps ils avaient refoulé ce thème, le végétal.
La botanique elle même n’est pas très à l’aise avec le terme, peut-être trop largement usité.
En photographie on a longtemps bataillé contre le végétal, celui auquel on pense d’emblée comme une couleur, le vert.
Par lente adaptation nos yeux sont devenus plus sensibles à cette longueur d’onde quand nos pellicules argentiques le furent au bleu.
Aujourd’hui, techniquement, la photographie appréhende mieux le vert, nos capteurs comptent deux photosites verts contre un rouge et un bleu.

Pourtant, circonscrire le végétal par la photographie reste toujours aussi complexe.
Comment ne pas se laisser prendre au piège des couleurs, des formes, des étrangetés, de l’immobilité, du silence,
comment ne pas succomber à la seule contemplation ?
Dans son livre, La botanique du désir, Michael Pollan développe l’idée d’une nature moins soumise ou naïve qu’il n'y paraît.
Les plantes se joueraient de nos désirs (douceur, beauté, ivresse et maîtrise) pour développer leurs stratégies de survie.
Au piège du végétal s’est aligné celui, viral, de la crise sanitaire. Il a fallu repenser certains projets,
sans pouvoir se déplacer, contraints à notre tour à végéter.
Résilience ? À l’instar de ces arbres qui croissent malgré les traumatismes.

Ainsi, le 1 km de rayon consenti par les autorités s’est révélé un territoire à explorer
où se frayer un chemin entre les haies de thuyas. Dans la rue, sur des balustrades, on écrit le nom des plantes qu’on reconnait , ça résonne ,
et on prophétise la menace de « Végéta le guerier de l’espace ».
Plus loin, on se penche avec délicatesse sur ces feuilles séchées piégées dans le grillage comme des oiseaux en cage. Tiens !
Pour d’autres, belle aubaine, ou belle aubergine, le thème devient libérateur,
le potager nourricier luxuriant un objet d’observation et de partage, un terrain de jeu et de joie.
Avec l’épinard ou la betterave le végétal fait l’image. Pressés, leur jus remplacera l’émulsion photographique.
Jusqu’à s’équiper comme un pionnier et faire le ver dans le fruit.

On prend le temps d‘éditer ses images ; retour sur un tiède après-midi d’été, soleil chatoyant à travers les branches,
son souvenir est flou mais les sensations parfaitement incarnées, le végétal devient organique.
On l’a dit, il est une tentation, il est aussi un écrin qui invite à la nudité.
Et plus si affinités, voir la feuille à l’envers, les assembler, les recomposer, on prend le temps de rendre ses images impossibles à la manière de MC Escher.
Il est un mirador pour voir la feuille par-dessus dans les rues de Mexico, alors que dans celles de Honfleur il est un nid habité par quelques personnalités.
L’arbre est au contact, du ciel et de la terre, peut-être capable de nous en dire plus sur nous-mêmes,
peut-être même de prédire, selon l’astrologie celte. Déraciné, il devient une île, qu’on se le dise !
Même les mathématiques y reconnaissent un ordre sous-jacent, nombre d’or, suite de nombres, fractales...
Rationalisé, domestiqué, en ligne de fuite ou en cône comme à Versailles, il compose nos paysages agricoles en bichromie,
toujours prêt à nous offrir un aller-retour gratuit entre nature et culture, d’une rive à l’autre.

Fi des écueils et des contraintes, les Imajoueurs ont finalement bravé le thème pour
nous livrer une vision protéiforme du végétal.

Erwan Fichou


La pandémie qui frappe actuellement la planète nous oblige à reporter l'exposition
qui se déroulera le dernier trimestre 2021.

En attendant voici quelques images de l'exposition à découvrir.

▷ Le végétal dans tous ses états en avant-première
▷ Visite du Workshop